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FICTION

Bercy 2011

mardi 7 novembre 2006, par Eric Toulalan


Cédric Pioline reçoit un message vidéo sur son portable vidéo. C’est Rafael Nadal, le numéro 1 mondial, qui vient de le laisser quelques heures après sa victoire à l’Open de Barcelone. Le majorquain, qui compte 8 victoires en grand chelem, a l’air gêné mais annonce très vite au directeur du tournoi de Paris Bercy qu’il ne viendra au POPB cette année.

Pioline s’y attendait. A la fois excédé et résigné, il se rappelle que Nadal n’est en fait venu qu’en 2007 disputer et … remporter ce qu’on appelait encore le BNP Paribas Masters Series de Paris.

En effet, depuis 2 ans, le circuit des Masters Series est passé de 9 levées à 5 et a été renommé en "Super Five". Les villes acceuillant une épreuve sont Pékin (Beijing), Miami, Indian Wells, Rome en alternance avec Madrid et enfin Paris en alternance avec Munich.

Dans son bureau dans les locaux de la FFT au stade Roland Garros, l’ancien numéro 1 français fait ses comptes : le numéro 1, fatigué, Gasquet, Numéro 2, souffre d’une cheville, Djokovic, le troisième, se remet d’un virus persistant, l’écossais Murray, en quatrième position se fait porter pâle. Pour la dixième fois consécutive, Federer a gagné le tournoi de Bâle et a invoqué une douleur au poignet pour prendre des vacances anticipées.

L’année dernière, en 2010, ils avaient frôlé le désastre : la plupart des joueurs français avaient chuté au premier, voire au deuxième tour. La finale avait opposé Nicolas Kiefer, l’un des vétérans du circuit à un tout jeune argentin, Alberto Vilas, petit fils du grand Guillermo, star de la fin des années 70, début 80. Le public avait boudé quasi toute la semaine, pas plus de 3000 spectacteurs par jour.

Pioline prend un temps de réflexion, regardant la pluie tombée sur le CNE. Au vu du plateau des joueurs réunis, à moins d’un bon résultat d’un des joueurs français engagés, le tournoi pouvait tourner à la catastrophe médiatique, au gouffre financier…

Il fallait trouver une solution … et rapidement !!

2 jours plus tard, 11 heures du matin, c’est le premier match dans le tableau principal. Le directeur du tournoi a l’air stressé. Alea jacta est …

Les spectateurs de ce premier jour vont être les cobayes d’une nouvelle manière de montrer du tennis. Depuis maintenant 3 ans, les ramasseurs de balles ont été remplacés par des mannequins, autant hommes que femmes. Ils sont habillés de tenues très proches du corps par le sponsor textile de l’épreuve, pour vanter le côté transpirant du tissu…

Mais cette année, on ne s’est pas arrêté là. A chaque changement de côté, une petite tribu de pom-pom girls fait son apparition, comme sortie du Lido ou des Folies Bergères. Il ne manque plus que le french cancan… Deux plantureuses créatures en maillot de bain pailleté passent en brandissant un panneau lumineux indiquant le score des matchs sur les 2 autres courts.

L’orchestre de rock habituel a été remplacé par 2 chorales de Gospel disposées à chaque bout de la salle principale du POPB.

Des diffuseurs d’arôme ont été placés un peu partout dans l’enceinte circulaire, sur chacun des courts, suggérant des parfums tantôt violents, comme le musc, tantôt sucrés, comme la vanille.

En place de l’artère circulaire un peu grise et pas très digne d’un tournoi de cette importance, la direction du tournoi a fait appel in extremis à l’habilleur éphémère Christo, prouesse de l’artiste qui a pu recouvrir en si peu de temps une surface intérieure…

Les animations sur la coursive ont aussi été changées, les traditionnels concours proposés par les multiples sponsors, sont devenus des espaces de réalité virtuelle où les visiteurs affrontent les joueurs et joueuses les plus chevronnées du circuit pro.

Une loterie journalière a été mis en place, non plus des tee-shirts ou même une voiture à gagner mais plusieurs dizaines de milliers d’euros. Du coup, bon nombre de visiteurs s’intéressent peu ou pas à la balle jaune.

Enfin, Pioline a demandé à ses amis du circuit des Légendes de lui donner un coup de pouce, on peut donc être servi par Henri Leconte dans l’un des deux restaurants panoramiques installés dans les gradins au dessus du court central. Kuerten se charge de l’animation avec une bande de cariocas qu’il a ramené de son Brésil natal. John Mac Enroe s’improvise en humoriste entre chaque match sur le court et Sampras fait des démonstrations de golf. De leur côté Monica Seles et Chris Evert s’occupent de la garderie tandis que Gabriela Sabatini supervise un défilé de mode.

Après le premier match, le directeur du tournoi sort de l’enceinte du POPB, marche quelques pas sur le parvis, se retourne pour admirer les couleurs de l’automne sur le parc de Bercy. Il allume une cigarette et se tourne vers la Seine : "Si avec tout ça, on n’arrive pas à augmenter la fréquentation, …", pense-t’il en regardant les péniches sandwichs ornées de gigantesques panneaux avec les affiches du tournoi flottant entre le pont de Bercy et la passerelle vers la BNF.

Secrètement, Cédric Pioline espère qu’après 1991 et la victoire de Forget, puis 2001 et le succès de Grosjean, que cette année, vingt ans après la première victoire tricolore, la bonne étoile du tennis français daignera se poser de nouveau sur le tournoi de Paris Bercy…

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