Voici venu le temps de la sueur et de l’effort, de la poussière orange et des glissades,
Voici l’histoire peu banale d’un gaucher de Manacor et d’un Helvète à la recherche de la grandeur
La terre battue, c’est de l’argile, répondant au nom barbare de "craon" pour les initiés. En dessous, on trouve du mâchefer pour stocker l’eau. Au dessus, place à la brique pilée, couleur ocre, pour pouvoir glisser et distinguer les balles. Une surface, qui ralentit le slice des attaquants vers le filet et qui amplifie le lift puissant des bucherons de fond de court…
Une surface qui est le royaume d’un Espagnol depuis avril 2005 et un quart de finale au tournoi de Valence contre un certain Igor Andreev, perdu 7/5, 6/2. Pendant les 3 dernières années, seul le Dieu du tennis mondial, Roger Federer, a pu faire plier un unique fois Rafael Nadal sur terre battue. C’était à Hambourg l’année dernière, lors du Masters Series qui se joue au Rohtenbaum. On avait cru un moment, quelques jours avant l’apogée de la saison sur brique pilée, qui se joue à Roland Garros, que le Suisse avait trouvé la parade aux puissants coups droits liftés de l’Espagnol et à sa combativité hors du commun. C’était sans compter que le tournoi de Hambourg se joue quasi en intérieur sur une terre plus lourde, qui défavorise la prise d’effet qui rend la balle de Nadal si incontrolable. 3 semaines plus tard, le résultat fut implacable, Roger Federer s’inclinait face à Rafael Nadal en finale de Roland Garros pour la 2e fois consécutive, en 4 sets (6/3, 4/6, 6/3, 6/4).
Les plus grands directeurs sportifs, les plus célèbres entraineurs, voire les météorologues en vont alors de leur couplet pour expliquer la (ou plutôt les défaites) du Suisse face à Nadal. Pour certains, le jeu en suspension de Federer serait la cause de ses matchs perdus, il perdrait quelques dixièmes de secondes à chaque coup pour reprendre appui et se placer correctement sur la balle suivante, du coup il ne pourrait pas encaisser les rallyes de fond de court que lui impose le Majorquain. Pour d’autres, une plus grande humidité ambiante fin mai, début juin autour de la Porte d’Auteuil, permettrait à Federer de moins souffrir de cette balle lifté, qui gicle après le rebond, et donc de retrouver des conditions proches de sa victoire à Hambourg.
Après tout, ce ne sont que des humains, comme l’a démontré Roger Federer en début d’année enchainant quelques défaites et ne gagnant son premier tournoi de 2008 qu’en avril sur … terre battue à Estoril.
Rafael Nadal n’a pas fait mieux, commencant seulement à incrémenter son palmarès avec son quatrième titre consécutif dans l’enceinte magique du Monte Carlo Country Club.
Bref, la bataille sera âpre, espérons que les prétendants au titre seront à la hauteur, qu’ils s’agissent des 2 premiers mondiaux ou du dernier larron, Novak Djokovic (on voit en effet mal un autre joueur en dehors de ce trio s’immiscer dans la lutte pour inscrire son nom sur la Coupe des Mousquetaires).
Qu’en est-il des Dames ? On parle beaucoup de Nadal et ses séries de victoires sur terre battue. On oublie trop souvent la domination de Justine Henin sur le royaume de la brique pilée :
1 seule défaite en 2007 en demi-finale du tournoi de Berlin contre Kuznetsova en 3 sets.
Elle perd 2 fois en 2006, en demi-finale à Charleston (terre battue américaine) contre Schnyder et en finale à Berlin contre Petrova, à chaque fois en 3 sets.
En 2005, elle gagne tous les tournois sur terre : Charleston, Varsovie, Berlin et Roland Garros.
La petite Belge a déjà gagné 4 fois à la Porte d’Auteuil et elle est sur une série de 3 titres consécutifs. Elle est chez elle à Roland Garros. Les Kuznetsova, Ivanovic, Sharapova et même Serena Williams n’ont qu’à bien se tenir.
Ce Roland Garros 2008 sera aussi l’occasion de dire adieu à cet immense champion, ancien n°1 mondial, qui a soulevé 3 fois la Coupe des Mousquetaires, Gustavo Kuerten. Le Brésilien restera non seulement dans nos mémoires pour la perfection de son jeu mais aussi par sa joie de vivre communicative, le coeur sur la main et le sourire aux lèvres. Ce futur jeune retraité de 31 ans va se consacrer à sa fondation et à l’école de tennis fondé par son entraineur Larri Passos.