samedi 3 novembre 2007, par Eric Toulalan
Cette année 2007 sera décidément riche en évènements pour la petite Suissesse Martina Hingis.
Après s’être séparée de son fiancé quelques mois avant la date prévue de leur mariage, le joueur Radek Stepanek, l’ancienne n°1 mondiale a annoncé ce jeudi 1er novembre en conférence de presse qu’elle avait été accusée de dopage après un controle positif à la cocaïne lors du dernier tournoi de Wimbledon. Celui-ci a été effectuée sur un échantillon d’urine, pris juste après la défaite de la Suissesse face à Laura Granville, modeste joueuse du Top 100 (77e), en 2 petits sets (6/4, 6/2). Si la prise de drogue devait s’avérer, en tout cas, cela ne lui aura pas profité. La joueuse déclarait d’ailleurs : "Ils disent que la cocaïne accroît la confiance en soi et crée une sorte d’euphorie… Je ne sais pas. Je sais seulement que si je devais frapper la balle dans un état d’euphorie, ça ne marcherait pas." On doit lui reconnaitre qu’elle n’a pas tort. La prise de drogue euphorisante ne donnerait pas d’avantage décisif dans le jeu, ce serait plutôt le contraire. Par contre, cela ne règle pas le souci de la prise de drogue elle-même, qui sans être préjudiciable à l’équité du sport, le serait au titre de la morale.
Au delà de cette remarque sur l’influence de la poudre blanche des jet-setteurs sur une joueuse de tennis pendant un match, Martina Hingis nie avoir pris de la drogue. Devant les journalistes, elle a déclaré : "Je trouve cette accusation tellement immonde, tellement monstrueuse que j’ai décidé de l’affronter en parlant à la presse. Je suis énervée et en colère. Je crois que je suis 100% innocente."
L’avocat de la joueuse aurait découvert des irrégularités dans le processus d’analyse. Hingis a même déclaré qu’"Il est aussi convaincu que les responsables antidopage (…) ne seront pas capables de prouver que l’urine positive à la cocaïne était la mienne".
Comme d’habitude, les instances sportives ne sont pas au courant ou font l’autruche. Larry Scott, directeur exécutif du WTA Tour, affirmait peu après qu’il ne pouvait pas commenter l’affaire car il n’en avait pas été informé officiellement… Il a néanmoins rappelé le principe de présomption d’innocence pour tous joueurs supposés s’être dopés… avant que le contraire ait pu être prouvé.
Au delà de la procédure qui ne manquera pas d’être étalé dans les journaux, c’est dommage que la carrière de cette championne d’exception, qui avait réussi un retour au plus haut niveau sur le circuit féminin après avoir pris une première retraite en 2002 après des défaites à répétition et surtout avoir manqué sa dernière grande finale en Grand Chelem (Open d’Australie 2002 ; défaite contre Jennifer Capriati 4/6, 7/6(7), 6/2 après avoir eu 4 balles de match). Elle réussit même dans l’année de son retour (2006) à se qualifier pour le Masters féminin (8 premières joueuses mondiales). Aujourd’hui 19e mondiale, la Suissesse n’a peut-être pas retrouvé le niveau et la place qu’elle souhaitait. Quand on a été au sommet de la hiérarchie, on a du mal à se cantonner à des seconds roles.
Parallèlement à ces déclarations sur les suspicions autour de sa prétendue prise de cocaïne, la championne suisse a annoncé sa 2e retraite. On pourrait trouver étonnant qu’elle ait choisi d’évoquer sa fin de carrière sur fond de scandale à la poudre blanche. La rumeur courrait déjà depuis son dernier match le 19 septembre dernier (défaite au 2e tour du tournoi de Pékin contre la Chinoise Shuai Peng, 49e mondiale, 7/5, 6/1). Du fait de blessures à la hanche à répétition, la princesse suisse du tennis avait besoin de se reposer et mis un terme prématuré à sa saison 2007. La double annonce, cocaïne + retraite, a fait l’effet d’une petite bombe dans le monde du tennis.
Laissons l’enquête suivre son cours…
Martina Hingis en quelques dates et chiffres :
— 30 Septembre 1980 : naissance de Martina, ainsi prénommée par sa mère, fan de M. Navratilova, d’origine tchèque(à l’époque) comme elle.
— Plus jeune joueuse de tous les temps à avoir remporté un tournoi du Grand Chelem (Open d’Australie 1997 à l’âge de 16 ans, 3 mois et 26 jours)
— Plus jeune n°1 mondiale de l’histoire contemporaine du tennis à 16 ans, 6 mois et 1 jour
— Roland Garros 1999 : Hingis "pète un plomb" en finale contre Steffi Graf en allant contester un point dans le camp de son adversaire et s’écroule en pleurs après la balle de match.
— Australian Open 2002 : menant 6/4, 4/0, puis avec 3 balles de 5/1, Hingis perd la finale contre Jennifer Capriati non sans avoir eu 4 balles de match.
— 43 titres en simple dont 5 en Grand Chelem (Australie : 97, 98 et 99 ; Roland Garros : 2 échecs en finale - 97 et 99 ; Wimbledon : 97 et l’US Open : 97)
— 37 titres en double dames, 2 en double mixte
A noter qu’il y a eu des précédents de contrôle positif à la cocaïne qui avait entrainé des suspensions après la retraite du joueur. Le plus célèbre d’entre eux est Mats Wilander, ex n°1 mondial, qui avait été testé positif en 1995 à Roland Garros. Le Suèdois arrêtera le tennis l’année suivante à 34 ans. Et celui qui avait gagné une réputation de roi du fair-play en demi-finale de Roland Garros en 1982 contre Jose-Luis Clerc, a pu continuer une brillante carrière d’entraineur… A quand Martina en coach ?
On regrettera de toute façon son intelligence dans le jeu qui lui avait permis de combler le fossé physique qui subsitait entre elle et les monstres de muscles comme Serena Williams, Lindsay Davenport oet autres Svetlana Kuznetsova ou Nadia Petrova. La puissance n’était pas son fond de jeu. On a du mal à l’imaginer défoncée à la poudre blanche dans une soirée de la jet-set. On retiendra surtout ses sourires et sa joie de vivre…